Fouille, Les Poiriers (2016)


En amont d’un projet de lotissement localisé dans le quartier de Grenoux, au nord-ouest de la commune de Laval (parcelle DV 335), le Service archéologique municipal de Laval a réalisé une opération de fouille préventive du 15 septembre au 27 octobre 2016.

Celle-ci a été prescrite au regard des résultats d’un diagnostic réalisé en 2014 par le Service archéologique municipal de Laval (OA 18 46 61). La prescription portait sur une emprise de 5 000 m² marquée par la présence d’un enclos fossoyé subcirculaire médiéval, associé à un ensemble de structures en creux (trous de poteau, fosses et fossés), ainsi que d’un tronçon de voirie pouvant être rattaché à un axe antique reliant Tours à Corseul. Elle intégrait également quelques linéaments parcellaires protohistoriques et antiques. La fouille était motivée, d’une part, par le faible nombre d’enclos fossoyés de ce type et de cette période étudiés régionalement et, d’autre part, par l’importance de la voie Tours-Corseul, considérée comme l’un des éléments structurants de la morphogenèse lavalloise mais dont le tracé précis à Laval reste à établir.

L’emprise prescrite est localisée dans un secteur de la ville en pleine restructuration et qui a connu récemment, à ce titre, un nombre relativement important d’interventions archéologiques. Celles-ci permettent d’affirmer qu’il correspond à l’une des parties les plus anciennement occupées du ressort communal actuel, toutefois, peu d’éléments médiévaux y ont été mis au jour jusqu’à présent.

Les indices d’occupation mis en évidence au cours de la fouille du site des Poiriers s’échelonnent depuis la Protohistoire jusqu’à la période contemporaine, sans continuité attestée d’une phase à la suivante.

Les vestiges les plus importants se rapportent à un établissement médiéval dont l’occupation a été datée de la fin du haut Moyen Âge et du Moyen Âge central.

Les occupations protohistorique et antique

Les occupations antérieures à l’établissement médiéval n’ont laissé que des traces ténues difficilement exploitables et caractérisables. Leurs vestiges sont en effet très peu lisibles et mal conservés, avec notamment des hiatus et discontinuités. Ils prennent la forme de réseaux fossoyés qui se recoupent les uns aux autres et dessinent plusieurs trames parcellaires. Aucune trace d’activité intensive ou d’habitat antérieurs à l’établissement médiéval n’a été mise en évidence et il est probable que les occupations principales associées à ces réseaux parcellaires soient à rechercher en dehors de l’emprise, sur la partie haute du relief.

Surtout, contrairement à ce qui était attendu, la fouille n’a pas permis d’apporter d’informations nouvelles quant au tracé de l’itinéraire antique supposé traverser le site. La structure viaire mise au jour n’est en effet pas antérieure à l’Époque Moderne.

L’établissement médiéval (fin du 10e siècle – fin du 12e siècle)

C’est au cours de la période médiévale que le site connaît son occupation principale. Celle-ci correspond à un établissement relativement atypique caractérisé par la présence d’un enclos sub-circulaire, d’une aire interne d’environ 1 045 m², associé à un petit enclos secondaire au nord-est ainsi qu’à plusieurs fosses et trous de poteau situés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’espace fossoyé. Ceux-ci ont donné lieu à cinq propositions de restitution de bâtiment. Deux phases de fonctionnement ont pu être proposées, la première attribuée à la fin du 10e siècle et la seconde aux 11e-12e siècles.

Si cet établissement présente des caractéristiques le rapprochant d’habitats ruraux relativement aisés (enceinte fossoyée, bâtiment important…), il en diffère également sur de nombreux points (précocité, superficie enclose, absence de certaines structures…), ce qui a amené à envisager d’autres interprétations. Ainsi, du fait de la présence d’une importante structure de combustion, assimilée à un four à sécher le grain, c’est finalement une identification en tant qu’établissement agricole, peut-être voué au traitement des récoltes et occupé de façon saisonnière, qui est privilégiée.

En l’absence d’un caractère résidentiel pérenne attesté, il est possible que cet établissement ne forme pas une entité autonome et se rattache à un domaine agricole d’une relative importance mais dont la nature précise n’a pu être déterminée.

Les occupations moderne et contemporaine

Après l’abandon de l’établissement médiéval, aucune trace d’occupation intensive n’a été perçue dans l’emprise prescrite. La majorité des structures postérieures à l’enclos témoignent ainsi de sa mise en culture (fossé, drain…) certainement au cours de l’Époque Moderne. Une structure viaire est mise en place dans ce contexte. Ce tronçon, fréquemment identifié par l’historiographie lavalloise comme étant emprunté par un axe antique reliant Tours à Corseul, s’avère ne pas être antérieur à l’Époque Moderne d’après ses relations stratigraphiques.