Diagnostic, Tour Renaise – promenade Anna Politkovskaïa (2023)

Le diagnostic réalisé aux abords de la tour Renaise, dans le cadre d’un projet de végétalisation de l’actuel espace public (parcelle CK 506), a consisté en l’ouverture de trois tranchées, qui, cumulées, correspondent à une surface d’observation de l’ordre de 75 m².
Le terrain étudié se situe à l’extrémité nord-ouest de l’enceinte urbaine médiévale, à proximité immédiate de la tour Renaise. Plus précisément, les tranchées d’évaluation, par leur disposition, étaient susceptibles de recouper le bord présumé de la contrescarpe du fossé d’enceinte, placé au-devant des fortifications. À l’aune de cette intervention, pouvaient ainsi être espérées de nouvelles données sur cet ouvrage, tant d’un point de vue chronologique que sur sa morphologie. L’identification de remblais participant au comblement final du fossé ainsi que les modalités de développement du bâti civil sur l’emprise de cet espace pouvaient également constituer deux enjeux de cette opération.
Malgré la faible superficie abordée, les données recueillies lors de cette opération apportent de nouveaux éléments significatifs qui permettent de mieux appréhender ces différentes problématiques. Pour l’essentiel, les vestiges découverts à cette occasion se répartissent en deux principaux ensembles s’échelonnant de la fin du Moyen Âge à l’Époque contemporaine. En partie orientale des tranchées, des remblais du 14e siècle et 15e siècle ont tout d’abord été observés, sur une épaisseur parfois importante. Les vestiges postérieurs correspondent principalement à des ensembles bâtis dont ne subsistent, pour l’essentiel, que les espaces excavés.
Le front nord-ouest de l’enceinte urbaine (14e siècle – début 15e siècle ?)
Contrairement à ce qui pouvait être attendu en amont du diagnostic, aucun des vestiges identifiés ne peut formellement être associé au fossé d’enceinte, à l’exception possible d’un large creusement partiellement observée à l’extrémité de la tranchée 2 (FO 212, cf. infra). En lieu et place de celui-ci, un ensemble de remblais a été perçu sur la majeure partie de la surface étudiée. Par endroits, ces apports ont été observés sur une puissance importante, notamment en tranchée 2. Leur fouille a permis de prélever plusieurs lots de mobilier céramique, qui composent, dans l’ensemble, un corpus très homogène. Celui-ci apparait, en effet, majoritairement constitué de productions locales, façonnées dans la seconde moitié du 14e siècle et le début du siècle suivant.
La participation de ces remblais au comblement supérieur du fossé d’enceinte semble pouvoir être écartée pour deux raisons. La datation fournie par le mobilier céramique apparait, en premier lieu, trop ancienne et en net décalage avec les données chronologiques obtenues, lors de précédentes opérations, pour les comblements sommitaux du fossé (Allamelou 2015 ; Queru 202; Chollet, Queru à paraître). La seconde tient, d’autre part, à la découverte, sous ces remblais, de probables formations alluvionnaires Holocènes, mises au jour sur une étroite surface au sein de la tranchée 1 et dont la présence s’accorde, en réalité, assez mal avec l’idée d’une extension de cet ouvrage défensif jusqu’en lisière occidentale de l’emprise prescrite.
L’origine de ces remblais demeure, malgré tout, délicate à établir. Il subsiste la possibilité que ces couches soient liées à des travaux de terrassement en lien avec le fossé (aménagement de son talus externe ? déblais de curage ?).
L’absence de celui-ci sur l’emprise étudiée nous offre, malgré tout, de nouveaux éléments de réflexion quant à sa topographie et la possibilité d’affiner, encore davantage, les contours de cet ouvrage désormais assez bien documenté, notamment sur ses fronts nord et ouest. Pour l’essentiel, au regard de l’espace demeurant entre le rempart et la limite orientale de la tranchée 2, une emprise d’une largeur maximale d’environ 25 m peut être restituée.
Une interrogation demeure néanmoins sur la nature réelle du large creusement FO 212, partiellement reconnu en limite orientale de la tranchée 2. L’écartement entre sa paroi ouest et la tour Renaise semble également correspondre avec les dimensions couramment admises pour le fossé d’enceinte. Par ailleurs, son creusement au travers de remblais datés de la seconde moitié du 14e siècle et des premières années du siècle suivant pourrait permettre de le rapprocher, avec prudence, des modifications qui ont concerné les fortifications de la ville au cours du 15e siècle, à commencer, dans un environnement proche, par la reprise de la tour Renaise et la probable construction d’un boulevard d’artillerie à l’avant de la porte adjacente.
Le développement du bâti aux abords de l’enceinte (18e siècle – 21e siècle)
Le secteur concerné par l’opération est ensuite progressivement bâti, comme le révèlent les différents ensembles construits mis au jour en limite occidentale de la parcelle et dont ne subsistent que les caves. Leur construction s’inscrit dans une dynamique, désormais assez bien documentée à l’échelle de la ville, de réoccupation des espaces défensifs de la ville, à partir du 17e siècle, suite à la perte de leur vocation initiale.
Le plan de la ville de 1753 montre l’établissement, dès cette période, d’édifices à l’emplacement des tranchées, sans permettre toutefois de les associer précisément aux différentes maçonneries découvertes. L’identification de ces dernières est néanmoins possible à partir du cadastre de 1839, qui suggère leur rattachement à trois propriétés distinctes établies le long de l’actuelle rue des Fossés.
Ces édifices sont finalement détruits, au début du 21e siècle, dans le cadre d’une campagne de mise en valeur de l’enceinte urbaine lavalloise.