Diagnostic, Ferme urbaine – quartier Saint-Nicolas (2024)


Réalisée au lieu-dit Chemin des Faluères, l’opération s’inscrit dans un projet visant à aménager une ferme urbaine aux portes du quartier Saint-Nicolas. Le plan d’implantation des tranchées a été conçu, entre autres, de manière à répondre à la requête de l’aménageur de minimiser l’impact de l’intervention sur les sols. D’une superficie de 87 000 m², l’emprise prescrite a été explorée au moyen de 61 tranchées, pour une surface totale de 5 993 m², soit un taux d’ouverture de 6,9 %. Cette opération constitue seulement la deuxième menée sur ce secteur de la ville, après la fouille des Bozées en 1991 qui avait permis de mettre en évidence une ferme du second âge du Fer.
Les altérites du substratum ont été atteintes dans 90 % des tranchées, à une profondeur variant de 0,28 à 1,50 m depuis le sommet de la terre végétale. Le substrat rocheux n’a pour sa part été perçu que dans deux tranchées, dans le cadre de sondages géologiques, entre 2,50 m et 3,10 m sous le niveau de sol actuel.
À l’issue des sept semaines d’investigations, 221 faits archéologiques ont été identifiés. Ils sont exclusivement constitués de fossés, de fosses, de trous de poteaux et de quelques structures de combustion. Le mobilier récolté s’avère limité et peu datant, à l’exception notable du mobilier céramique d’époque antique et du mobilier lithique. En complément, le diagnostic a bénéficié de sept datations radiocarbones, qui ont permis d’affiner la chronologie du site et plus particulièrement celle des vestiges compris entre le Mésolithique et la fin du premier Moyen-Âge.
L’occupation mésolithique
Une fosse profonde, apparaissant à une trentaine de centimètres sous la surface actuelle, est attribuée à cette période. Datée par radiocarbone, elle semble correspondre à une fosse de piégeage, comparable à celles documentées sur le site de Kervouric à Lannion (Côtes-d’Armor) et, plus largement, en Champagne-Ardenne. Cette structure représente un apport notable à la connaissance de l’occupation ancienne du bassin lavallois (à ce jour, seule une entité est enregistrée à la carte archéologique de Laval pour cette période). Elle est en outre le premier exemple attesté en Mayenne de fosses à gibier datant du Mésolithique.
L’occupation néolithique
Le processus de néolithisation est appréhendé à travers quinze structures découvertes sur les parcelles ZA 19 et ZA 46. Celles-ci couvrent l’ensemble de la période. Les indices d’une occupation au Néolithique ancien ont été reconnus sur la partie orientale du diagnostic. Ils sont notamment matérialisés par un complexe de chauffe, aménagé dans les altérites, suggérant la présence d’un habitat à proximité immédiate.
Il a été établi par ailleurs l’existence d’un foyer datant du Néolithique moyen sur la frange occidentale de l’opération. Il s’agit d’un foyer à pierres chauffées, isolé vis-à-vis des autres vestiges.
Une succession de six structures de stockage a également été mise au jour. S’échelonnant entre le Néolithique moyen et le Néolithique récent et final, cette suite tend à démontrer le caractère continu de l’occupation durant cette période. Il est à ajouter que le comblement de la fosse la plus récente a livré un imposant polissoir en grès. Caractéristique du travail de polissage des haches, cet élément mobilier est un excellent indicateur d’habitat, lequel doit probablement se développer à proximité.
Enfin, trois trous de poteau, datés du Néolithique récent et final, pourraient signaler la présence d’une construction sur la partie sud-est de l’emprise étudiée.
Un bruit de fond de l’âge du Bronze
Les indices d’occupation se font extrêmement rares pour l’âge du Bronze. La faiblesse du mobilier ne permet pas d’appréhender cette période. Une structure lui est toutefois attribuée grâce à l’apport des datations radiocarbones. Il s’agit d’une fosse dont le comblement initial se met en place au cours de l’âge du Bronze ancien. Il convient de noter en complément que cette structure est implantée sur la partie sud-est de l’emprise prescrite sur la parcelle ZA46, à un endroit où les vestiges anciens se concentrent. Elle contribue ainsi à souligner le caractère diachronique de l’occupation de cette zone.
L’occupation probable de l’âge du Fer
Sur les marges occidentales de l’opération, divers tronçons de fossés semblent dessiner un enclos de faible superficie, qui se développe sur le bassin versant du ruisseau Saint-Nicolas. Par comparaison avec les sites laténiens de la région de Laval, cet enclos parait correspondre à un aménagement agricole de type paléoparcellaire, probablement d’origine de l’âge du Fer. Cette interprétation est renforcée par l’absence apparente de mobilier, ce qui tend à exclure l’hypothèse qu’il puisse représenter un site d’habitat.
L’occupation antique
Les indices pour la période antique sont légèrement plus significatifs. Regroupés sur la frange sud-est du diagnostic, ils esquissent les contours d’une occupation au Haut-Empire. Celle-ci prend ici la forme de fossés parcellaires, ainsi que d’un fossé interprété comme un probable enclos d’habitat. Cette structure a en effet livré un important lot de mobilier détritique (céramiques, verres, mobiliers métalliques) associé à des éléments de construction (TCA, moellons, éléments de blocage). Ajoutons que deux autres possibles enclos ont été repérés. Ils pourraient correspondre à une organisation parcellaire de l’espace.
L’occupation médiévale
Les vestiges se font rares postérieurement à l’Antiquité. Le premier Moyen-Âge n’est ainsi connu qu’à travers un probable habitat perçu par l’intermédiaire d’un foyer et d’un trou de poteau implantés sur le bassin versant du ruisseau Saint-Nicolas. L’abandon des structures, daté par radiocarbone, intervient entre le 7e et 8e siècle, soit à la charnière entre les époques mérovingienne et carolingienne.
Les indices du second Moyen-Âge sont quant à eux encore plus ténus. Ils se résument à dix-huit tessons de céramique dont la production s’échelonne entre le 11e siècle et le début du 16e siècle. Reconnus exclusivement dans les niveaux brassés par les activités aratoires, ils paraissent découler d’épandages agraires. Il est à envisager par ailleurs que le chemin de la Hubaudière, qui traverse le site suivant un axe SO/NE, relève de cette période. Parmi les différents états qui le composent, le plus ancien pourrait en effet remonter au Moyen-Âge. Cette hypothèse tient également au fait que ce chemin relie, d’après les sources archivistiques, des sites connus pour cette époque, et notamment un lieu de haute justice des seigneurs de Laval, celui de la Hubaudière.
L’occupation contemporaine
L’Époque contemporaine est notamment documentée par l’intermédiaire de huit tronçons de fossés, attribuables aux limites parcellaires figurées sur le cadastre du 19e siècle. Des aménagements antérieurs au remembrement agricole ont également été perçus, en particulier des fossés et des fosses de plantation. Ces aménagements témoignent de la stabilité du caractère agropastoral sur ce secteur de la ville jusqu’à aujourd’hui.