Diagnostic, Chapelle Saint-Pierre-le-Potier (2022)


Le diagnostic réalisé dans la parcelle BP 25 et sur la chapelle de Saint-Pierre-le-Potier a apporté des informations non négligeables sur l’évolution de l’édifice et de son environnement depuis le milieu du Moyen Âge. Malgré un taux d’ouverture assez faible de 28 m2, auxquels s’ajoutent les observations faites sur le bâti existant, les sondages nous ont non seulement permis de préciser les transformations du bâtiment au cours du temps, mais aussi d’approcher, à travers d’épais niveaux de remblais, l’artisanat potier qui a fait la renommée du village pendant plusieurs centaines d’années.

 

La chapelle de Saint-Pierre-le-Potier du milieu du Moyen Âge à nos jours

La construction de la chapelle, dont l’existence est attestée par un texte daté des années 1080, pourrait intervenir dès le 10e siècle, si l’on se fie aux datations radiocarbone. L’édifice adopte un plan à nef unique qui s’achève par un chevet absidial, plan qui pourrait ne pas avoir évolué depuis son édification, qui semble se prolonger jusqu’au 12e siècle. En effet, plusieurs indices (chaînage, trous de boulin) laissent supposer une construction d’un seul tenant, qui se traduit, dans l’élévation, par l’utilisation d’un mortier orange liant entre eux des moellons de calcaire bleu et de grès roussard, puis, dans un second temps, d’un mortier rose, notamment pour l’érection (ou de la reprise) des parties hautes et de la voûte en cul-de-four. C’est d’ailleurs à cette période qu’un programme pictural dominé par la figure du Christ en majesté vient magnifier le chœur de la chapelle.

De multiples remaniements sont perceptibles, à commencer par le percement d’une nouvelle fenêtre dans le mur sud de l’abside, vraisemblablement dans le courant du 16e siècle. Cette transformation fait suite à la mise en place d’une nouvelle charpente, datée par dendrochronologie du milieu du 15e siècle. Construite en limite du lit majeur de la Mayenne, dans une zone de résurgence, la chapelle semble se dégrader, notamment en raison de la présence perpétuelle d’eau qui inonde encore aujourd’hui les parties basses. Pour palier ce problème récurrent, trois contreforts sont aménagés le long du mur gouttereau méridional fragilisé, dont la mise en œuvre s’accompagne de l’installation d’un caniveau en pierre le long de l’édifice. Le mobilier recueilli dans la tranchée de fondation du contrefort oriental suppose une construction datée elle aussi du courant du 16e siècle. Un faisceau d’indices laisse par ailleurs supposer que les fresques étoilées, que l’on reconnaît aujourd’hui en plusieurs endroits du chœur, et notamment dans l’embrasure de la nouvelle baie percée dans le mur sud du chevet absidial, ont été appliquées peu de temps après. La mise en valeur du chœur se poursuit dans le courant du 17e siècle avec l’installation, de part et d’autre de l’abside, de deux statues, l’une de Saint-Jacques le Majeur et l’autre de Saint-Pierre, aujourd’hui déposées et dont il reste seulement les vestiges des consoles. La chapelle est enfin plusieurs fois rejointoyée à l’extérieur et enduite à l’intérieur, sans oublier la pose d’une plaque de ciment sur le pourtour de l’abside, qui recouvre en partie les fresques et qui devrait être prochainement retirée.

 

Des remblaiements massifs à proximité de la chapelle et ultimes transformations

À l’extérieur de la chapelle, plusieurs séquences de remblaiements ont été identifiées depuis charnière des 14e-15e siècles, pour les plus anciennes, à nos jours. Il est à noter que les apports les plus massifs de sédiments semblent intervenir dans le courant du 16e siècle, immédiatement à la suite de la construction du système de contreforts/drain de manière à enfouir partiellement l’édifice afin de contenir les poussées. Les remblaiements se poursuivent vers l’ouest de la parcelle, clôturée, après le 17e siècle, par la mise en place d’un mur dont l’effondrement, au début des années 2000, a nécessité l’érection d’une nouvelle maçonnerie immédiatement adossée à la première. Notons également qu’un petit muret a été construit au niveau de l’accès, perpendiculairement au mur de clôture et retenant ainsi les remblais. L’étude du mobilier céramique prélevé dans les remblais a également permis d’approcher, en filigrane, l’artisanat potier, très actif à Saint-Pierre durant le second Moyen Âge et le début de l’Époque moderne, venant ainsi nourrir les connaissances déjà acquises sur cette problématique.

Enfin, à une période difficile à préciser, mais postérieure aux grands remblaiements du 16e siècle, un espace est ménagée le long du mur gouttereau méridional, vraisemblablement dans le but d’aérer et d’assainir le pied de l’édifice. Les remblais sont alors aménagés en terrasse par l’installation d’un muret en pierre. Cet espace, reconverti en dépotoir, est finalement comblé entre la seconde moitié du 19e siècle et la fin du 20e siècle.