Diagnostic, rue Saint-Maturin – CE 138 (2023)


Le diagnostic, réalisé au croisement des rues Saint-Mathurin et du Docteur Ferron, s’inscrit dans le cadre d’un projet de réaffectation d’anciens locaux appartenant à la Ville de Laval. D’une surface de 4 733 m², la parcelle concernée a été évaluée grâce à douze tranchées d’une emprise totale de 356 m², soit un taux d’ouverture de 7,5 %. Le substrat sableux rouge, d’origine alluvionnaire, a été atteint dans chacune d’entre-elles à une profondeur comprise entre 0,70 m et 1,20 m. Elles se sont toutes révélées positives et ont livré des vestiges et du mobilier qui s’échelonnent sans discontinuité des 11e-12e siècles à nos jours.

En parallèle, plusieurs sondages bâtis ont été mis en œuvre sur deux édifices anciens toujours en élévation sur la parcelle, à savoir la chapelle Saint-Mathurin, d’origine médiévale, et un vaste hôtel particulier édifié en 1708. Ils visaient, d’une part, à restituer leurs dispositions d’origine et, d’autre part, à préciser ou à confirmer leur date de construction. À cet effet, certaines pièces de bois ont fait l’objet de prélèvements par la société Dendrotech, en vue de datations dendrochronologiques.  

L’intervention constituait donc une vaste fenêtre d’observation sur une zone suburbaine du vieux Laval encore méconnue d’un point historique et archéologique et dont l’occupation n’est attestée qu’à partir du 15e siècle, au travers de quelques sources textuelles. De nouvelles données inédites sur la nature et la chronologie de son occupation pouvaient ainsi être espérées.

 

Le quartier médiéval du Marchis (11e-15e siècle)

Le secteur pourrait être fréquenté dès le début du second Moyen Âge (11e-12e siècles), à une période où se développe l’agglomération, si l’on en juge par la quantité non négligeable de céramiques médiévales à pâte claire découverte dans l’ensemble des tranchées. Ce mobilier est le plus souvent en position résiduelle, signe d’un remaniement de structures ou de couches plus anciennes, mais également en contexte archéologique dans plusieurs creusements mis au jour en partie centrale de la parcelle (trois fossés et deux fosses).

L’occupation du site se densifie à compter de la seconde partie du 13e siècle et devient plus pérenne. Deux constructions ont été découvertes dans les tranchées 8 et 11, dont une habitation établie le long de la rue Saint-Mathurin et disposant d’une sole-foyère (FY 1102). À ces bâtiments s’ajoutent plusieurs structures excavées mises au jour en tranchée 9, sans doute employées pour le rejet de déchets domestiques. Une grande quantité de mobilier céramique daté des 14e et 15e siècles a, en outre, été recueillie dans la majorité des tranchées. Il s’agit de productions essentiellement locales, en partie fabriquées dans les ateliers du sud de la ville. Les nombreuses formes identifiées confirment également l’occupation à caractère domestique du site.

À la fin du Moyen Âge, ce dernier correspond sans doute à un véritable faubourg, au sein duquel est édifiée la chapelle Saint-Mathurin. Sa construction est datée de 1458-1459 selon l’expertise dendrochronologique. Les sondages implantés sur son élévation ont permis de préciser ses dispositions d’origine, à savoir un unique vaisseau, d’une longueur, hors œuvre, de 11,50 m pour une largeur de 6,40 m. La charpente, examinée au sein d’une étroite fenêtre, comporte encore des pièces d’origine et repose sur un ensemble de sablières en encorbellement moulurées, caractéristiques de l’architecture à pans de bois de la seconde moitié du 15e siècle. L’ensemble présente un potentiel archéologique non négligeable.

 

Un large fossé défensif du début de l’Époque moderne ? (16e-17e siècles)

 

En tranchée 1, un large creusement réalisé dans le courant du 16e siècle a été reconnu de façon partielle, sur une largeur d’un peu moins de 8 m (FO 101). Le fond de la structure, sondée sur une profondeur maximale de 2,20 m, n’a pas été atteint. L’absence de ce probable fossé défensif plus au sud au sein de l’un des sondages géotechniques (tranchée 24) permet, malgré tout, de restituer une ouverture maximale nord-sud de l’ordre de 11 m. L’ouvrage est comblé d’un seul tenant à la fin du 16e siècle ou au début du siècle suivant. Compte tenu de cette datation, il pourrait être mis en lien avec les conflits religieux des dernières décennies du 16e siècle et plus particulièrement avec les travaux de fortifications exécutés autour de la ville en 1592-1593, comme le rapportent certaines sources textuelles.

 

Le renouveau d’un quartier périurbain à l’Époque moderne (17e-18e siècles)

Le quartier connaît des transformations majeures à partir des premières décennies du 17e siècle, avec l’installation progressive de plusieurs établissements religieux (couvent des Ursulines et des Bénédictines) ou économique (halle aux toiles), mais également par la construction, dans cette zone, de vastes hôtels particuliers. Cette évolution s’inscrit dans une phase de décloisonnement et de périurbanisation qui concerne, plus largement, la plupart des faubourgs environnants l’enceinte urbaine. L’un des bâtiments annexes du couvent des Bénédictines a été retrouvé dans la tranchée 8, au travers de plusieurs fondations de murs. Cet édifice correspond à un pensionnat selon les sources planimétriques du 18e siècle. Il a été arasé à la fin du 19e siècle et aucun niveau de sol n’est conservé. Des latrines aménagées en façade nord de ce bâtiment ont également été identifiées dans la tranchée 5. Leur comblement, intégralement prélevé, a livré une importante quantité de mobilier céramique mais également de petits objets liés à l’hygiène ou à la parure. De nombreux restes alimentaires ont aussi été repérés au sein de ce dépotoir (faune, coquilles d’huîtres, os ou cartilages de poissons).

Les sondages effectués sur le vaste hôtel particulier de 1708, entièrement compris dans la parcelle et devant être réhabilité pour y installer de nouveaux logements, ont précisé sa structuration générale. L’édifice se compose de deux ensembles bâtis, avec un corps principal au nord contre lequel vient s’appuyer un second, au sud. Plusieurs structures charpentées d’origine (refends en pans de bois et planchers) ont été examinées dans chacun de ces corps de bâtiment et prélevées en vue de datations dendrochronologiques. Les résultats obtenus confirment la construction rapprochée, si ce n’est simultané, des deux ensembles vers 1708.

 

L’évolution du site au cours de l’Époque contemporaine (19e-20e siècles)

Les édifices présents sur la parcelle connaissent des destins différents au cours du 19e siècle. Après la Révolution, la chapelle est rachetée par les propriétaires de l’hôtel particulier voisin, puis agrandie par la construction d’un second corps de bâtiment en appui contre sa façade est. En 1890, cette vaste propriété est enfin acquise par les Petites-Sœurs de Saint-François d’Assises pour y fonder un établissement de charité, la clinique Saint-François. De son côté, le couvent des Bénédictines est progressivement démantelé à partir de 1800, parallèlement à l’extension du champ de foire et à la création de la place de Hercé.