Archéologie Opérations


Diagnostic, Le Poirier (2014)


 

Le Poirier

Dans le cadre d’un projet de lotissement au lieu-dit Le Poirier, l’aménageur Ouest Lot 2 a exprimé une demande de réalisation anticipée de diagnostic pour une surface de 31 500 m². Au regard de la sensibilité archéologique de ce secteur de la Ville de Laval et en raison de la présence, à cet emplacement même, d’un site référencé à la carte archéologique (EA 53 130 0027), le SRA des Pays de la Loire a décidé de prescrire une opération de diagnostic.

L’emprise concernée se situe à l’extrémité nord-ouest de la Ville de Laval, au carrefour entre les territoires des communes de Laval, Changé et Saint-Berthevin. Elle est circonscrite par une voie communale au sud, un quartier pavillonnaire et la ferme Le Poirier à l’est, et une parcelle agricole au nord. La limite ouest correspond à une zone non constructible attenante à une route départementale. La topographie de cette prairie, inclinée vers le sud-est, est marquée par deux dépressions. L’une traverse le site au niveau de sa limite sud, et l’autre en son centre en direction d’une mare située en bas de pente. Ce site repose sur la formation géologique dite des calcaires de Laval caractérisée par des calcaires gris-bleus à noirs.

Réalisée par le Service municipal d’archéologie de la Ville de Laval, la phase d’exploration du terrain s’est déroulée du 10 mars au 1er avril 2014. Elle a permis de mettre au jour plusieurs structures et vestiges témoignant d’une occupation du site de la Protohistoire à nos jours. Les éléments découverts au cours de cette opération mettent en évidence l’important potentiel archéologique de cette zone.

L’occupation protohistorique

L’occupation protohistorique correspond à deux enclos, distants de 120 m, dont les plans n’ont été que partiellement perçus. Leur découverte, aux angles nord-ouest et sud-est du diagnostic, suggère une extension de l’occupation au-delà de l’emprise prescrite. La morphologie de ces structures, leur position stratigraphique et leur mobilier permettent de les attribuer au second Âge du Fer.

L’enclos localisé au nord-ouest du terrain peut être identifié comme un site d’habitat en raison de la mise au jour en son sein de structures internes (fossés de partition, fosses, trous de poteau) et d’une urne à incinération archéologiquement complète. D’après le mobilier recueilli, son abandon peut être daté plus précisément de La Tène finale. La fonction de l’enclos repéré au sud-est reste en revanche indéterminée et aucune précision chronologique supplémentaire ne peut être apportée.

L’identification d’un site d’habitat de cette époque confirme les suspicions d’occupation protohistorique dans ce secteur, d’après les diagnostics réalisés à la fin des années 1990 à l’est des parcelles concernées par l’opération actuelle.

L’occupation gallo-romaine

Deux phases d’occupation gallo-romaine ont été mises en évidence. La première correspond à un enclos situé au centre de l’emprise et uniquement matérialisé par l’un de ses angles. Si son plan complet reste inconnu, plusieurs indices stratigraphiques et mobiliers permettent d’envisager une mise en place de cette structure dans la continuité de l’occupation protohistorique antérieure. D’après la céramique, son abandon est daté du 1er siècle après J.-C. Cet abandon semble directement lié à la seconde phase d’occupation gallo-romaine marquée par l’aménagement d’une voie.

Celle-ci, orientée ONO-ESE, traverse l’emprise en son centre sur 120 m de long. Si son installation prend place au cours des premiers siècles de notre ère, il est intéressant de noter que son orientation coïncide avec celle des enclos protohistoriques antérieurs, conditionnée par le relief. Cet aménagement prend la forme d’un décaissement du substrat d’une largeur d’un peu plus de 8 m avec une chaussée réduite à 4,30 m de large.

Cette découverte, identifiée comme un tronçon de la voie antique menant de Tours à Corseul, permet d’affiner les hypothèses de tracé proposées par des recherches entreprises dans les années 1970 et 1980.

L’occupation médiévale

L’occupation médiévale se cantonne au quart ouest de l’emprise diagnostiquée. Un premier ensemble de structures correspond à plusieurs fossés rectilignes et perpendiculaires, orientés ONO-ESE/NNE-SSO, interprétés comme des linéaments parcellaires. Ils ont été associés à un fossé, large de 3 m, formant un enclos subcirculaire de 35 m de large par 40 m de long marqué par des structures internes (trous de poteau, fosses). Le mobilier céramique livré par cet ensemble appartient à une production locale du site de la Hardelière, à Saint-Pierre-le-Potier, datée de la seconde moitié du 13e siècle jusqu’au début du 15e siècle.

Une voie, matérialisée par un chemin creux, a été repérée à proximité au sud de l’emprise. Son tracé et sa structuration, couplés à des recherches de J. Naveau du début des années 1970, ont permis d’identifier cet axe comme un chemin montais. Son origine supposée, antérieure au 11e siècle, n’a pu être vérifiée archéologiquement.

Les relations entre ces différentes structures, et leurs liens avec la voie antique Tours-Corseul, n’ont pu être intégralement perçues lors du diagnostic.

L’occupation moderne

Après l’abandon des structures médiévales, les terres concernées par l’opération sont intégralement vouées à une exploitation agricole. Un chemin permettant de relier la ferme Le Poirier à une châtaigneraie, figurée au cadastre ancien à l’emplacement de l’ancienne voie Tours-Corseul, a été mis en évidence à l’est de l’emprise.

L’occupation contemporaine

La période Contemporaine est représentée par divers dispositifs de drainage. Ceux-ci attestent de la conservation du caractère agricole des terres attenantes à la ferme Le Poirier.