Archéologie Opérations


Diagnostic, 1 place Saint-Tugal (2019)


Réalisé dans le centre historique de Laval, dans le cadre du projet d’aménagement d’une rampe pour personnes à mobilité réduite située dans l’emprise du chœur de l’ancienne collégiale Saint-Tugal, le diagnostic a mis en évidence une occupation continue depuis le 10e-11e siècle jusqu’à nos jours. Quatre phases ont ainsi été définies.

Les vestiges les plus anciens (phase 1) consistent en des structures fossoyées implantées dans les altérites du substrat datées entre le 11e (voire le 10e) et le 13e siècle. Il s’agit d’un trou de poteau de fort diamètre, d’un second de dimensions plus modestes, et d’une probable sablière basse ponctuée de deux petits trous de poteau. La chronologie assez lâche repose sur un lot de céramiques réduit et sur la datation radiocarbone d’un charbon de bois trouvé dans le négatif d’un des poteaux. Cette phase d’occupation précoce indique que le secteur, désigné dans les textes du 13e siècle par le toponyme du Bourg‑Chevrel, est occupé bien avant la construction de l’enceinte urbaine ou l’édification de la collégiale Saint-Tugal au 13e siècle. Plus largement, ces données nouvelles interrogent les origines et le développement de l’agglomération lavalloise et ses relations avec le site castral installé dans le premier tiers du 11e siècle.

L’ensemble de ces structures est ensuite recouvert, dans le courant du 14e siècle au plus tard, par une probable chaussée de rue constituée de graviers damés (phase 2). Sa dernière utilisation et son abandon sont matérialisés par un dépôt détritique contenant de nombreux fragments de céramique et des restes de faune. Cette découverte peut être mise en relation avec d’autres niveaux de rue observés dans les opérations archéologiques limitrophes, sur les sites du palais de Justice, du transept de l’église Saint‑Tugal et sur celui du conteneur enterré de la place Saint-Tugal. Ces différents points d’observation conduisent à restituer deux rues perpendiculaires qui se rejoindraient juste à l’est du diagnostic. Le sens des ornières observé sur le site du conteneur et sur la fouille du palais de Justice appuie cette hypothèse.

Ce niveau de circulation est abandonné lors de la reconstruction du chœur de la collégiale Saint‑Tugal entre 1444 et 1460 (phase 3). Subsiste encore en élévation le mur-gouttereau nord, où est aménagée une porte surmontée d’une archivolte qui menait à la sacristie. Les vestiges d’un muret, perpendiculaire à ce gouttereau, sont interprétés comme un emmarchement devançant le maître-autel. En limite orientale du sondage, une probable fosse de sépulture avec des restes ligneux a été identifiée comme la tombe de Jean de Laval-Châtillon, mort en 1398 et transféré depuis l’église des Trois-Maries de Montsûrs vers la collégiale lavalloise en 1447. Enfin, plusieurs chapes de mortier lacunaires, appartenant aux sols de l’église aux 17e et 18e siècles, ont été fouillées et signalent d’importantes restructurations du chœur à la fin de l’Ancien Régime. Plusieurs documents tirés des archives capitulaires mentionnent de tels travaux en 1761.

Ces vestiges et les sources planimétriques rendent possible une restitution en plan du chevet de la collégiale. Le choeur s’étend ainsi sur une longueur de près de 18 m dans œuvre, soit environ 3 m de plus que la nef. Ce surdimensionnent est caractéristique de la plupart des collégiales castrales et des Sainte-Chapelle de la fin du Moyen Âge commanditées par les plus grands lignages aristocratiques. Il s’agit de privilégier l’espace dévolu au collège de chanoines et aux sépultures des membres de la famille fondatrice. À Laval, ces travaux sur l’église s’inscrivent également dans un programme architectural encore plus ambitieux qui comprend la construction d’un cloître à galeries, dont une partie de l’emprise a été diagnostiquée en janvier 2019, et d’une sacristie faisant également office de salle capitulaire. L’ensemble, terminé dans la décennie 1460, contribue à renforcer le prestige et la légitimité des seigneurs de Laval.

L’église est ensuite détruite à la toute fin du 18e siècle et l’emprise concernée par le diagnostic devient un espace extérieur où se succèdent remblais et niveaux de sol pavés en lien avec la construction d’une école mutuelle, transformée ensuite en musée et bibliothèque municipale (phase 4).